Intelligence artificielle en Afrique : la vision panafricaine de Sidi Mohamed Kagnassi

L’intelligence artificielle progresse à une vitesse inédite dans le monde, et l’Afrique commence à en ressentir les effets. Pour l’entrepreneur et administrateur ouest-africain Sidi Mohamed Kagnassi, l’IA représente une opportunité historique : création d’emplois, essor de l’entrepreneuriat, montée en gamme technologique. Mais cette promesse ne se concrétisera pleinement que si le continent parvient à renforcer ses infrastructures numériques, à former massivement sa jeunesse et à coopérer à l’échelle panafricaine.

Autrement dit, l’IA peut devenir un puissant levier de développement, à condition d’être pensée comme un projet de transformation globale du continent, et non comme une simple mode technologique.

Une vague mondiale qui atteint enfin le continent africain

Les investissements mondiaux en intelligence artificielle ont explosé ces dernières années, avec une croissance très forte observée récemment. Cette dynamique se reflète désormais en Afrique, même si le continent part d’un peu plus loin que d’autres régions.

Selon un rapport de McKinsey, les applications d’IA pourraient générer plus d’un million de nouveaux emplois dans les prochaines années pour la seule Afrique du Sud. Ce chiffre donne l’ampleur du potentiel si l’on raisonne à l’échelle de tout le continent : de Johannesburg à Lagos, de Nairobi à Dakar, les usages de l’IA en santé, finance, agriculture, éducation ou logistique peuvent devenir de véritables moteurs d’emploi et de productivité.

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, cette vague technologique n’est pas seulement une tendance mondiale à suivre ; c’est l’occasion pour l’Afrique de prendre un rôle de leader sur certains segments, en particulier là où les besoins sont massifs et les solutions encore peu développées, comme l’agritech, la e-santé ou les services financiers inclusifs.

Une jeunesse massive, moteur potentiel de l’IA africaine

L’un des atouts majeurs de l’Afrique dans la course à l’IA, c’est sa démographie. Le continent compte déjà environ 200 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans et, d’ici 2050, plus de la moitié de la population aura moins de 25 ans. Cette jeunesse représente une formidable réserve de talents, d’énergie et de créativité.

Pourtant, le marché du travail peine à absorber ces nouveaux arrivants. La Banque africaine de développement estime que chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail, alors qu’à peine 3 millions d’emplois formels sont disponibles. Ce décalage structurel crée frustration, précarité et risques de tensions sociales.

Dans cette équation, l’intelligence artificielle n’est pas un luxe réservé aux pays riches, mais un levier stratégique pour créer des emplois qualifiés, mieux rémunérés et plus durables. Comme le souligne Sidi Mohamed Kagnassi, la clé réside dans la formation diplômante et la montée en compétences :

  • Formations universitaires en IA, data science, robotique, cybersécurité.
  • Bootcamps intensifs et programmes courts orientés vers l’emploi.
  • Partenariats entre entreprises et établissements de formation pour adapter les cursus aux besoins réels du marché.
  • Initiatives de reconversion pour les actifs souhaitant se spécialiser dans les métiers du numérique.

En développant ses propres experts, l’Afrique ne se contente pas de consommer des solutions venues d’ailleurs : elle devient productrice de technologies, capable de concevoir des outils adaptés à ses contextes, à ses langues, à ses systèmes économiques.

Les infrastructures numériques, nouveaux ponts de la croissance

Pour que cette ambition prenne forme, l’infrastructure est un préalable incontournable. Sidi Mohamed Kagnassi le rappelle avec force : les infrastructures numériques deviennent aussi essentielles aux économies africaines que les routes, les ports ou les ponts.

Concrètement, cela signifie :

  • Un accès fiable et abordable à Internet haut débit, y compris dans les zones rurales.
  • Des centres de données performants et sécurisés, pour héberger les applications et les données localement.
  • Une énergie stable et à coût maîtrisé, indispensable au fonctionnement des services numériques.
  • Des infrastructures de cloud, de stockage et de calcul capables de supporter des projets d’IA à grande échelle.
  • Un cadre réglementaire clair pour la gestion des données, la protection de la vie privée et la cybersécurité.

Certains pays ont déjà pris une longueur d’avance, comme l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Nigeria, qui voient se multiplier les entreprises intégrant l’IA dans leurs opérations. D’autres, tels que l’Égypte, Maurice ou la Tunisie, investissent fortement pour rattraper leur retard et se positionner comme hubs régionaux de l’innovation.

Le message central de Sidi Mohamed Kagnassi est clair : si l’Afrique ne construit pas rapidement des infrastructures numériques robustes, elle laissera passer l’opportunité de l’IA. À l’inverse, un investissement massif et coordonné peut créer un effet d’entraînement sur tout l’écosystème : startups, grands groupes, administrations, centres de recherche.

L’IA comme levier d’efficience pour les entrepreneurs africains

Au-delà des chiffres macroéconomiques, l’intelligence artificielle transforme déjà le quotidien des entrepreneurs africains. Elle offre de nouvelles façons de travailler, de vendre, de gérer un client ou de piloter une équipe.

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, il est essentiel de considérer l’IA comme un outil stratégique au service de la performance, et non comme une fin en soi. Ce qui compte, ce n’est pas d’« avoir de l’IA », mais de l’utiliser pour gagner en efficacité, réduire les coûts et prendre de meilleures décisions.

Automatiser pour gagner en productivité

De plus en plus de solutions accessibles permettent aux entrepreneurs, y compris aux petites structures, de profiter concrètement de l’IA :

  • Outils de gestion de la relation client (CRM) avec recommandations automatiques, scoring de leads, suivi intelligent des relances.
  • Assistants virtuels et chatbots pour répondre aux questions fréquentes des clients, 24h/24, sans recruter une équipe complète de support.
  • Solutions de comptabilité et de facturation intelligentes qui catégorisent les dépenses, détectent les anomalies et réduisent les erreurs humaines.
  • Automatisation des tâches répétitives (saisie, reporting, suivi logistique) pour libérer du temps et se concentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée.

Résultat : des entreprises plus agiles, capables de faire plus avec moins de ressources, tout en améliorant la qualité de service.

Mieux décider grâce à la donnée

La décision est un moment critique dans la vie de tout entrepreneur. L’IA apporte ici un avantage majeur : la capacité d’analyser rapidement de grandes quantités de données pour dégager des informations exploitables.

Les applications sont nombreuses :

  • Analyse des tendances de marché pour identifier les segments en croissance, les comportements d’achat et les nouvelles niches.
  • Prévision de la demande afin d’ajuster les stocks, la production ou les effectifs.
  • Évaluation des risques (crédit, logistique, change) pour mieux structurer les offres et sécuriser les marges.
  • Optimisation marketing avec des campagnes personnalisées, testées et ajustées en temps réel.

Ce « trio gagnant » – comprendre le marché, détecter les opportunités, maîtriser les risques – est au cœur de la vision entrepreneuriale défendue par Sidi Mohamed Kagnassi. L’IA devient ainsi un allié stratégique pour structurer une croissance saine et durable.

Réduire les coûts et accéder à de nouveaux marchés

Dans des contextes où le coût du capital est souvent élevé et où l’accès au financement reste difficile, chaque gain d’efficacité compte. L’IA permet :

  • De réduire les coûts opérationnels en automatisant des processus entiers.
  • De limiter les pertes grâce à une meilleure détection des fraudes, des impayés ou des erreurs de gestion.
  • D’ouvrir de nouveaux marchés via le digital, en touchant des clients éloignés géographiquement ou difficilement accessibles par des canaux traditionnels.

En combinant ces leviers, l’IA rend possible ce qui semblait longtemps hors de portée : bâtir des entreprises africaines compétitives à l’échelle mondiale, tout en restant ancrées dans leurs territoires.

Une coopération panafricaine indispensable

Si l’IA représente une opportunité pour chaque pays, elle est avant tout, selon Sidi Mohamed Kagnassi, un projet continental. Sa conviction peut se résumer ainsi :

En Afrique, l’intelligence artificielle devra être pensée à l’échelle panafricaine pour libérer tout son potentiel.

Pourquoi cette dimension panafricaine est-elle si essentielle ? Parce que les défis à relever dépassent largement les frontières nationales :

  • Financement: mutualiser les ressources pour financer des infrastructures lourdes, des programmes de recherche ou des hubs technologiques régionaux.
  • Compétences: faciliter la circulation des talents, des formateurs, des chercheurs et des entrepreneurs entre pays africains.
  • Infrastructures durables: planifier des projets à long terme, interconnectés, plutôt que des initiatives isolées et difficilement pérennes.
  • Normes et régulation: converger vers des cadres communs en matière de données, d’éthique de l’IA et de cybersécurité.

Une telle coopération implique l’engagement de tous :

  • Les gouvernements, qui définissent les stratégies nationales et régionales, et créent un environnement propice à l’innovation.
  • Les entreprises privées, qui investissent dans des solutions concrètes, créent des emplois et diffusent les bonnes pratiques.
  • La société civile et le monde académique, qui veillent à l’inclusion, à l’éthique et à l’alignement des projets avec les besoins réels des populations.

Dans cette perspective, des initiatives comme l’ouverture d’un centre africain de recherche dédié à l’intelligence artificielle en République du Congo illustrent le type de projets structurants que le continent peut multiplier : des lieux où chercheurs, startups et grandes entreprises collaborent au service d’ambitions communes.

De la fuite des talents à la création d’un écosystème durable

L’un des risques pointés par Sidi Mohamed Kagnassi est la fuite des talents. Faute de perspectives suffisantes sur place, de nombreux experts africains en IA, en santé ou en data partent travailler à l’étranger, privant leurs pays d’origine de compétences précieuses.

Pour inverser cette tendance, il est nécessaire de construire un écosystème complet, capable de retenir et d’attirer les talents :

  • Des startups soutenues dès l’amorçage, avec des dispositifs de financement, d’accompagnement et d’accès au marché.
  • Des postes de recherche attractifs dans les universités et les centres spécialisés, avec des moyens matériels et humains suffisants.
  • Des partenariats public-privé pour transformer les travaux de recherche en applications concrètes, utiles aux citoyens.
  • Une valorisation claire des carrières scientifiques et techniques, notamment auprès des jeunes générations.

En résumé, le développement de l’IA en Afrique doit profiter à la fois aux entrepreneurs qui innovent sur le terrain et aux chercheurs qui conçoivent les solutions de demain. C’est cette articulation qui permet de bâtir un écosystème durable, compétitif et résilient.

Trois chantiers prioritaires pour réussir le pari de l’IA en Afrique

À partir de la vision de Sidi Mohamed Kagnassi et des chiffres clés existants, trois priorités émergent pour transformer l’essai.

1. Accélérer les infrastructures numériques

Le premier chantier consiste à faire des infrastructures numériques un véritable bien commun continental:

  • Renforcer les réseaux de fibre optique et les dorsales régionales.
  • Étendre la couverture mobile haut débit et développer la 4G/5G.
  • Encourager la création de data centers et de clouds souverains africains.
  • Garantir une énergie plus fiable et plus verte pour alimenter ces infrastructures.

Chaque investissement dans ces domaines crée un effet multiplicateur sur le reste de l’économie numérique.

2. Massifier la formation diplômante et continue

Le deuxième chantier est éducatif. Face à l’arrivée annuelle de millions de jeunes sur le marché du travail, il est urgent de :

  • Créer et renforcer des filières diplômantes en IA, robotique, data, mais aussi en gestion de projet technologique et en entrepreneuriat.
  • Développer la formation continue pour permettre aux professionnels déjà en poste de se mettre à niveau.
  • Multiplier les programmes inclusifs à destination des femmes, des populations rurales et des publics éloignés de l’emploi.
  • Favoriser les échanges intra-africains d’étudiants et d’enseignants pour partager les ressources pédagogiques et les bonnes pratiques.

En misant sur sa jeunesse, l’Afrique peut transformer un défi démographique en avantage comparatif décisif dans l’économie mondiale de l’IA.

3. Orienter l’investissement vers l’impact et l’emploi formel

Enfin, l’IA ne produira des résultats tangibles que si les financements sont orientés vers des projets à fort impact économique et social:

  • Soutien aux solutions qui créent des emplois formels et améliorent la qualité des services (santé, éducation, agriculture, logistique).
  • Accompagnement des PME et startups pour intégrer l’IA dans leurs modèles d’affaires.
  • Incitations pour encourager les investisseurs africains et la diaspora à participer à cette transformation.
  • Évaluation régulière de l’impact des projets financés, pour concentrer les ressources sur les initiatives les plus prometteuses.

L’objectif n’est pas seulement de financer de la technologie, mais de convertir le potentiel de l’IA en emplois, en revenus et en valeur ajoutée locale.

Comment les entrepreneurs africains peuvent se préparer dès maintenant

Les décideurs publics ont un rôle majeur à jouer, mais les entrepreneurs peuvent dès aujourd’hui se positionner pour profiter de la vague de l’IA. Dans l’esprit de la vision de Sidi Mohamed Kagnassi, plusieurs actions concrètes se dégagent :

  • Cartographier ses processus internes pour identifier les tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée pouvant être automatisées.
  • Commencer par des projets pilotes d’IA simples (par exemple un chatbot, un module d’analyse de données clients) pour apprendre progressivement.
  • Former ou recruter des profils clés: data analysts, développeurs, spécialistes marketing digital.
  • Nouer des partenariats avec des universités, des incubateurs ou des startups spécialisées en IA.
  • Mettre la donnée au centre de la stratégie: structurer sa collecte, améliorer la qualité des informations, sécuriser les bases de données.
  • Suivre de près les initiatives panafricaines pour bénéficier des programmes de financement, de formation ou d’accompagnement existants.

Ceux qui prendront le virage dès maintenant auront une longueur d’avance lorsque l’IA deviendra un standard dans leur secteur.

Conclusion : faire de l’IA un projet panafricain au service de la jeunesse

La vision portée par Sidi Mohamed Kagnassi est résolument optimiste : l’intelligence artificielle peut aider l’Afrique à franchir un cap historique en termes d’emplois, de compétitivité et d’innovation. Le continent dispose de deux atouts majeurs – une jeunesse nombreuse et créative et des besoins économiques immenses– qui en font un terrain idéal pour les solutions d’IA à fort impact.

Mais cette opportunité ne se concrétisera que si trois conditions sont réunies :

  • Des infrastructures numériques solides, au même titre que les infrastructures physiques.
  • Des programmes de formation ambitieux pour transformer des millions de jeunes en professionnels du numérique.
  • Une coopération panafricaine structurée, capable de mutualiser les ressources, de retenir les talents et de soutenir durablement l’innovation.

Dans cette perspective, l’IA n’est pas seulement une révolution technologique : c’est un projet de société qui peut contribuer à faire de l’Afrique l’un des futurs pôles mondiaux du digital, à condition que le continent choisisse d’y investir collectivement, et dès maintenant.

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